Un dimanche après-midi sans fin

Les instants se suivent les uns les autres, rien ne leur prête l’illusion d’un contenu, ou l’apparence d’une signification; ils se déroulent ; leur cours n’est pas le nôtre ; nous en contemplons l’écoulement, prisonniers d’une perception stupide. Le vide du cœur devant le vide du temps, deux miroirs reflétant face à face leur absence,…

Majnun et Layla

Un bruit de pas furtif le fit se retourner. Layla parut au seuil du cercle. Elle avait l’âge des pucelles qui croient leurs battements de cœur accordés à la vie qui vient. Son âme était encore simple, son corps désirable, déjà. Elle attendit, naïve, vive, une amphore vernie serrée contre son ventre. Khays la vit.…

Le rapport de Brodeck

Peiper m’avait écouté en remplissant régulièrement son verre. Moi, j’avais vidé mon sac. J’avais parlé, longuement. J’avais presque tout dit. Sauf les lignes que j’écris en plus du Rapport. Mais j’avais dit mes doutes, mes effrois. J’avais dit ce curieux sentiment d’être tombé dans un piège dont je ne parvenais pas à comprendre exactement qui…

Trois cœurs battant la nuit

Mon regard quitte les baraquements pour se porter plus haut, sur l’ancien hippodrome transformé en base militaire Une fois par mois, une grande mascarade fasciste s’y tient. Nepel se livre à un discours-fleuve, où il déverse ses nauséabondes litanies dans l’espoir de convaincre, à travers les caméras, les autres leaders fachos de part et d’autre…

du ciel vers la mer

Je comprends ici ce qu’on appelle gloire Le droit d’aimer sans mesureIl n’y a qu’un seul amour en ce monde :Étreindre un corps de femmeC’est aussi retenir contre soi cette joie étrangeQui descends du ciel vers la mer Albert CamusNoces à Tipisa. 1939Gallimard.

Avec la langue

Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir. L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique,…

L’anomalie

-Je refuse d’être un programme, peste Meredith…Adrian, si cette hypothèse est la bonne, alors nous vivons une allégorie de la caverne, mais à la puissance n. Et c’est insupportable : passe encore que nous n’accédions qu’à la surface du réel, sans espoir d’accéder à la vraie connaissance. Mais que même cette surface soit une illusion,…