La beauté du monde

et puis il y a cela : ineffable inattendue imméritée, soudain pénètre en nous se mêle à nous nous transporte et nous élève la beauté du monde   Nancy Huston Terrestres sur les peintures de Guy Oberson Actes Sud / Lemeac 2014  

Je prononce ton nom

Je prononce ton nom Au cœur des nuits obscures, Lorsque viennent les astres Boire l’eau de la lune Et que dorment les feuilles Des secrètes ramures.   Je me sens tout sonore De passion, de musique, Folle horloge qui chante Les heures de jadis.   Je prononce ton nom En cette nuit obscure Et je…

La Malédiction

Je suis une malédiction, Je suis une malédiction voulue, Glissant sur ma corde secrète attachée à l’utérus du ciel, J’entends les cris du vent et les pleurs aux alentours, Je parle aux fleurs autour de moi et j’admire le chant des murs, Ces murs de mon isolement infini et La peur mon amie, Rien ne…

Le vin secret

Trop et trop peu de vin interdisent la vérité.  Pascal (1623-1662) Il me semblait parfois avoir tout un jardin sous le palais…Je me sentais lucide, joyeux, léger…L’arôme du vin, plus que le vin lui-même, me pénétrait dans les profondeurs de l’âme. Il m’allégeait le corps. Il m’ouvrait l’esprit. Je voyais clair, comme si je n’avais…

Rivière

Des jours entiers passaient, et plus tard leurs années, alors que je ne pensais qu’à mon obscurité à la dérive comme un pont contre le ciel. Jour après jour j’ai rêveusement cherché sa mélancolie, ses recherches, ses douces rives m’ont enveloppé, et sur mon cou s’allongeant mon baiser murmurait comme une blessure. Ma vie même…

Préludes

Le soir d’hiver choit dans les ruelles Parmi les relents de grillade. Il est six heures. Les mégots de jours enfumés. Voici que l’averse en bourrasque A nos pieds plaque Des bribes de feuilles souillées Et de vieux journaux arrachés Aux terrains vagues ; Contre les jalousies brisées Et les tuiles des cheminées L’averse bat…

A bon port

Heureux celui qui arrive à bon port, Qui laisse derrière lui les mers et les tempêtes, Dont les rêves sont morts ou jamais ne sont nés, Et qui s’assied, qui boit, à l’auberge de Brême, Près de l’âtre, et il se sent en paix. Heureux celui comme le sable des estuaires, Qui a posé le…