faire l’Amour

Elle me rejoignit chez Vesely après le travail. Il était tard.
Elle avait attaché autour de son poignet le petit ruban usé se des expériences d’actrice.
Nous n’avons pas articulé le moindre mot, je l’ai embrassée dans la cour, malgré le froid. Un baisie qui ne ressemblait en rien au premier.
Et là, je plonge instantanément sous la surface du monde.

Les langues se cherchent sans retenue, je glisse une main encore chaude dans son dos, le premier contact avec sa peau m’électrise, je remonte jusqu’au bas de sa nuque emportant tout, je sens le froid qui s’engouffre derrière ma main et qui la saisit, puis je descends jusqu’au creux de ses reins, je ne trouve pas de répit, je glisse le bout de mes doigts entre sa peau et le jean, jusqu’au niveau de la doublure qui réponde au frottement de la ceinture, deux phalanges, pas plus ou à peine, en haut, elle enserre son visage entre ses mains, attrape ma nuque, empoigne mes cheveux, no visages se tordent, cherchent un emboîtement complémentaire qui n’existe pas, en bas mes doigts se resserrent et longent la corniche de cette promenade intermédiaire entre la taille et la hanche pour revenir devant jusqu’à l’aine, nos corps se décalent et libèrent son ventre sur lequel je coque ma main comme un pianiste, elle réagis en se saisissant de mes fesses et me colle à elle comme l’aurait fait un homme du siècle dernier, puis mes mains retrouvent son dos, les siennes suivent des trajectoires similaires, nous déchiffrons une partition syncopée, colorée avec des accelerandi et des ritardandi, nous entrons en harmonie, nous inventons notre langage, nous sommes l’instant absolu.
Il n’est pas d’autre art d’aimer.
Je hume son parfum pour la première fois, j’enregistre cette fragrance que je décomposerai plus tard, un printemps sec, légèrement boisé, une note de tabac, des fleurs, du talc, quelques souvenirs d’herbe fraîchement coupée, et au loin tout au loin une pointer d ‘écume océanique, du vent d’algue, je la respire , et je finis pas trouver l’essentiel: ses cheveux, sa peau, son souffle, ce sont eux les parfums les plus envoûtants, ce sont eux que mon nez cherche husqu’au vertige, je prends sa main, la porte à ma bouche, embrasses ses doigts délicatement, sans exagération, puis je l’accompagne jusqu’à la chambre, c’est un moment étrange de suspension, de presque asphyxie, mais en chemin, ça repart, je ne peux dire qui a donné l’impulsion, nous nous arrêtons à deux reprises, je l’embrasse une première fois contre le mur. Je lui empoigne le bas des fesses par-dessus le jean, et relève sa cuisse pour faire place à la mienne qui se glisse et se frotte à elle, puis elle se dégage et prend le pouvoir, l’arrière de ma tête roule contre le mur, un bras autour de mon cou, le deuxième s’agrippe à mes cheveux, juste assez pour laisser parler sa fièvre jusqu’aux limites de la douleur, mais je ne sens plus rien, puis elle attrape ma nuque, la relâche, dégoupille son haut, enlève toutes épaisseurs d’un même geste, retire le mien et dirige mon visage sur sa poitrine que je n’ai pas eu le temps d’admirer, je suis pris de vitesse, je m’égare dans le noir de son territoire, je ne sais plus où je suis, ni ce que j’embrasse une langue, un tétin, le menton, je sens que mon sexe réagit puis elle prend ma main et nous nous orientons vers le lit. Nous faisons quelques mètres, mais sur l’encadrement de la porte, nouvelles fièvres, des baisers diaboliques, toutes langues dehors, je glisse ma main dans sa culotte et caresse ses fesses. Je les empoigne, les relâche, les reprends pour plaquer mon bas-ventre contre le sien. J’ai le temps d’apprécier la rondeur de ses seins comme deux ballons de baudruche à peine gonflés. Nous nous frottons. Je sens sa respiration qui s’accélère, la mienne aussi, elle ouvre la bouche et me regarde tout en se frottant à moi, les vêtements , les vêtements nous entravent, je me mets lentement à genoux, sur le chemin je lèche sa peau peu importe où , j’embrasse ce que je peux et je joue de petits coups de langue que je conclus par une lampée déterminée, elle enfouit ses mains dans mes cheveux et serre, elle rentre son ventre, plaque mon visage sur sa peau, la retire, pose sa cuisse sur mon épaule et la reitre immédiatement, changement de rythme, je défais les boutons de son jean lentement, je joue avec cette lenteur, je ne sais pas pourquoi, je n’ai aucune lucidité, pas même celle qui permet de profiter de l’abandon, elle me hisse en m’attrapant par les cheveux, par les aisselles, je ne résiste en rien, je suis la moindre de ses directives. Elle retire alors son pantalon, sa culotte, retire le mien sans ménagement, fait glisser mon boxer, il ne nous reste plus rien.
Sur le lit, nous nous accordons, nous prenons le temps, c’est le deuxième mouvement de la sonate, plus médidatif. Elle a posé un préservatif sur le chevet.

Elle s’est allongée sur le dos et se laisse aller, mes mains parcourent la carte qu’elle déploie devant moi, elle a fermé les yeux et repliant une jamle m’offrant l’intérieur de sa cuisse que je caresse, juste au-dessus du genou et je remonte sans aller trop loin tout en distribuant de petits baisers sur son ventre qu’elle rentre tout d’abord puis qu’elle finit par offrir totalement à l’abandon de mes humeurs, je passe d’une cuisse à l’autre, à l’affleurement, presque par capillarité, c’est toute une fièvre mystique qui nous prend, mais sans solennité et la peinture prend le relais de la musique , je commence à penser à ce que je fais, je donne de l’attention aux phrases de son corps, à la densité de mes gestes, je retrouve un peu de lucidité, le film passe au ralenti, je remonte tout en haut de la cuisse, son dos se cambre légèrement, ma main redescend pendant que des lèvres, j’effleure le flanc d’un sein, par de petites touches pointillistes, elle appuie mon visage sur sa poitrine pour me donner plus franchement son téton puis elle se rétracte et choisit l’abandon, un bras le long du corps, le deuxième dans mon dos, ma main alors le chemin du enou jusqu’au ventre avant de redescendre cette fois-ci vers le pubis, gardé par une toison dessinée pour l’été, ses lèvres cherchent les miennes, et nous nous embrassons, nos langues s’accommodent pendant qu’en bas sa main m’empoigne fermement le sexe. Mes doigts longent ses grandes lèvres et glissent sur sa sève, cela accentue leur audace et les voilà qui remontent jusqu’au clitoris dont ils humidifient la peau qui le protège des injures. Ils recommencent leur trajet à plusieurs reprises modulant les balades de jolies variations, de petits détours improvisés, j’ai l’impression que c’est elle qui dirige mes doigts par de légères ondulation du corps, je caresse son clitoris de mouvements très lents, comme en suspension sur une bulle et trace une voix de petits baisers depuis sa bouche, son cou, ses seins, son ventre, elle comprend où je veux en venir et me récupère, me tire par les cheveux, les flancs, elle elle s’empare du préservatif, je la laisse faire tout en poursuivant mes caresses, mais la voilà qui m’attire, c’est elle aussi qui glisse sa main entre nos deux corps pour diriger mon sexe pendant que de mes bras tendus, je la surplombe, la bouche est entrouverte, mes lèvres sont en suspension. Un grand souffle sonore me fait basculer dans le vertige.

J’aurais pu tout aussi bien me concentrer d’un nous faisons l’amour puis j’ai posé la tête sur son ventre, j’ai compté jusqu’à trois et je me suis endormi. Mais certains me comprendront, je n’avais plus fait l’amour depuis des mois.

Jérôme Bonnetto
Le silence des carpes
Ed inculte.2021 / Actes Suds

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