La ballade du café triste

La nuit vint. La pluie avait rafraîchi l’atmosphère, et c’était comme un soir triste et sombre d’hiver. Pas une étoile au ciel. Un petit crachin tombait, glacial. A l’intérieur des maisons, les lampes n’étaient plus que des lueurs tremblantes et sinistres quand on les regardait de la rue. Le vent s’était levé. Il ne venait…

L’éternité

Elle est retrouvée.Quoi ? – L’Eternité.C’est la mer alléeAvec le soleil. Ame sentinelle,Murmurons l’aveuDe la nuit si nulleEt du jour en feu. Des humains suffrages,Des communs élansLà tu te dégagesEt voles selon. Puisque de vous seules,Braises de satin,Le Devoir s’exhaleSans qu’on dise : enfin. Là pas d’espérance,Nul orietur.Science avec patience,Le supplice est sûr. Elle est retrouvée.Quoi ? –…

saudade

Je regarde de loin le paquebot, dans une grande indépendance d’âme,Et au fond de moi une roue commence à tourner, lentement Les paquebots qui franchissent de mon matin la barre Apportent à mes yeux en euxLe mystère joyeux et triste de qui arrive et part.Ils apportent des souvenir de quais éloignés, d’autres momentsD’une autre façon…

Cantiques

[…]Et les siècles par dix,Et les peuples passés,C’est un profond jadis,Jadis jamais assez ! Sous nos mêmes amoursPlus lourdes que le mondeNous traversons les joursComme une pierre l’onde ! Nous marchons dans le tempsEt nos corps éclatantsOnt des pas ineffablesQui marquent dans les fables… Paul ValéryPoèmes cantiques des Colonnes

Courtes habitudes

J’aime les courtes habitudes et je les tiens pour des moyens inappréciables d’apprendre à connaître beaucoup de choses et des conditions variées, pour voir jusqu’au fond de leur douceur et de leur amertume ; ma nature est entièrement organisée pour les courtes habitudes, même dans les besoins de sa santé physique, et, en général, aussi loin que je puis voir : du plus bas au plus haut. Toujours je m’imagine que telle chose me satisfera d’une façon durable — la courte habitude, elle aussi, a cette foi de la passion, cette foi en l’éternité — je crois être enviable de l’avoir trouvée et reconnue : — et maintenant je m’en nourris ; le soir comme le matin, un doux contentement m’entoure et me pénètre, en sorte que je n’ai pas envie d’autre chose, sans avoir besoin de comparer, de mépriser ou de haïr. Et un jour c’en est fait, la courte habitude a eu son temps : la bonne cause prend congé de moi, non pas comme quelque chose qui m’inspire maintenant du dégoût — mais paisiblement, rassasiée de moi, comme moi d’elle, et comme si nous devions être reconnaissants l’un à l’autre, nous serrant ainsi la main en guise d’adieu. Et déjà quelque chose de nouveau attend à la porte, comme aussi ma foi — l’indestructible folle, l’indestructible sagesse ! — la croyance que cette chose nouvelle sera la chose juste, définitivement juste. Pour moi, il en est ainsi des repas, des pensées, des hommes, des villes, des poèmes, de la musique, des doctrines, des programmes du jour, des manières de vivre. – En revanche, je hais les habitudes durables, et je sens comme l’approche d’un tyran et comme…

After

Ils étaient là, tous les trois, dans la cuisine, la bouteille de champagne débouchée sur le plan de travail, mon père, ma mère, et mon frère Abel qui soudain a voulu dire quelque chose, me porter un toast, marquer le coup, si bien que nous nous sommes raidis et avons fait silence, les yeux posés…