Alep, Syrie

ruin1Nous sommes rentés à l’hôtel par le chemin des écoliers, dans la pénombre des ruelles et des bazars fermés -aujourd’hui tous ces lieux sont en proie à la guerre, brûlent ou ont brûlé, les rideaux de fer des boutiques déformés par la chaleur de l’incendie, la petite place de l’Évêché maronite envahie d’immeubles effondrés, son étonnante église latine à double clocher de tuiles rouges dévasté par les explosions: est-ce qu’Alep retrouvera jamais sa splendeur, peut-être, on n’en sait rien, mais aujourd’hui notre séjour est doublement un rêve, à la fois perdu dans le temps et rattrapé par la destruction. Un rêve avec Anna-marie Schwarzenbach, T.E. Lawrence et tous les clients de l’hôtel Baron, les morts célèbres et les oubliés, que nous rejoignions au bar, sur les tabourets ronds à l’assise en cuir, devant les cendriers publicitaires, les deux bizarres cartouchières de chasseur; un rêve de musique alépine, le chant, le luth, la cithare -il vaut mieux penser à autre chose, se retourner, s’endormir pour effacer, effacer le Baron, Alep,les obus, la guerre et Sarah, essayons plutôt, d’un mouvement d’oreiller, de la retrouver au Sarawak mystérieux, coincé entre la jungle de Bornéo et les pirates de la mer de Chine.

Mathias Enard
« Boussole » Ed. Actes Suds
Prix Goncourt 2015

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