Glaneurs de rêves

Puis nous avons grandi et nous avons été obligé de nous séparer; ils n’étaient plus là pour écouter les récits de mes expéditions. J’ai écrit, j’ai dessiné, ou je les ai laissés s’envoler. sans autre dessein que l’acte même d’atterrir dans les orties et d’être ramassés par un glaneur plein de compassion pour l’infime.

Le temps passe et avec lui passent certaines sensations. Mais de temps à autre la magie du champ et de tous les événements qui s’y sont déroulés affleure. Pas nécessairement en nature, mais dans les pages d’un livre, un tableau de Millet ou les teintes d’un Corot. Comme j’erre dans le long couloir du musée, dans une lumière résolument flamande, elle m’apparaît. Je me revois en feu sur le pré, et j’éprouve de nouveau les sensations de jadis – une joie claire, indicible.

Un serpent dans l’herbe avec des ailes…

Ce don, je le tenais pour acquis, comme souvent les enfants. Je l’oubliais, sans jamais le mettre à l’épreuve. Il n’était qu’une de ces choses rares et simples que je savais vraies.

 

Patti Smith
Glaneurs de rêves. 1992. (Woolgathering)
Gallimard. 2014

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