Les neurones miroirs

        Pour reconnaître qu’un autre est humain, il nous faut de la pratique. Il faut faire travailler notre cerveau, pour qu’il s’adapte et intègre les différences à ses réseaux neuronaux. Reconnaître de nouveaux collègues de travail demande déjà du temps, alors pensez, s’ils viennent d’ailleurs ! C’est plus long, mais vital. Car sans reconnaissance, l’empathie de fonctionne pas ou très peu. IL est plus facile de maltraiter ou de tuer quelqu’un que je ne connais pas comme pareil à moi. Malheureusement, cette non-reconnaissance de l’autre peut aussi se transmettre par manipulation culturelle. Un bon endoctrinement politique, et vous câblez le fonctionnement cérébral des enfants autrement. C’est la face sombre de notre plasticité neuronale et des automatismes de pensées qui en découlent.

        Pourtant le même “système miroir” nous pousse à faire le bien d’autrui. Pourquoi ? Parce que nous y avons intérêt. Au fond, nous ne vivons que pour notre bien-être. Il n’y a pas d’exception. Tout être vivant cherche à suivre, à étendre son territoire et à se reproduire: les trois instincts de base de la vie. Mais la nature a aussi privilégié chez nous, au fil des millénaires, des instincts de groupe, parce que, seuls, nous aurions été impuissants et la loi de la jungle nous aurait éliminés. Nous avons donc intérêt, évolutivement, à aider nos congénères ; et quand nous nous apercevons qu’autrui éprouve une souffrance, cela fait résonner en nous les mêmes sensations désagréables. Le système miroir nous pousse donc à rechercher indirectement le bonheur d’autrui…pour notre propre satisfaction.

         Quand le corps social se dérègle, ce système tombe en panne. Pour ne pas souffrir de voir autrui souffrir, je le fais disparaître du champ public : dans des camps, des ghettos, à l’asile, hors de la ville, en prison, au-delà des frontières. Pour bien fonctionner le système miroir doit donc être encadré par des valeurs, une culture, des savoirs.

 

Entretien avec Pierre Bustany, mené par Patrice Van Eersel
Pierre Bustany est neurophysiologiste, neuropharmacologue, et expert en neuro-imagerie,

Patrice Van Eersel
Votre cerveau n’a pas fini de nous étonner

Albin Michel. 2012

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