Vernon Sullivan

Ce n’est pas la première fois qu’il s’emballe; tiens, n’avait-il pas dit à tout le monde qu’il serait le prochain lauréat du Prix de la Pléiade ? Alors, dix jours pour écrire un best-seller, franchement…

Mais son idée n’a rien d’un gag, jure-t-il. Il a même une vision assez précise de ce qu’il conviendrait de faire.

Et soudaine, on ne rit plus ; on écoute.

Il suffirait, détaille-t-il d’un air docte, d’inventer de toutes pièces un auteur américain à scandale. Noir et alcoolique de préférence. Et victime de la censure de son pays, bien sûr. Admettons maintenant que ses textes -plein de sexe et de violence-, à défaut de sortir aux États-Unis, trouvent en France un éditeur assez farfelu pour les publier. Disons, par exemple, les Éditions du Scorpion – chez qui la publication de littérature inconvenante passe pour une occupation respectable. Eh bien nous aurions là tous les ingrédients pour fabriquer notre best-seller.

Aux fins de parfaire le subterfuge et de ne négliger ni l’absurde ni l’ironie de la manœuvre, Boris, dans un sourire, propose d’endosser le rôle de traducteur.

Pas peu fière de l’esprit retors de son époux, Michelle jubile.

Quant à d’Halluin, le voilà excité comme un gosse s’apprêtant à craquer une allumette au milieu d’une forêt un jour de mistral.

A la bonne heure !

On se serre la main, s’embrasse; on n’ira pas jusqu’à ouvrir le champagne, il n’est que 10h30.
Mais le pari est lancé

Vie et mort de Vernon Sullivan
Dimitri Kantcheloff
Finitude.2023

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