l’Inde méridionale
Je vis ensuite, à Madras, Sundarambal, la grande actrice tamoule, cantatrice merveilleuse, la seule belle femme davirdienne que je vis, et du plus vrai talent. Elle semblait avoir à la fois, du sang dans le corps, et du pétrole. Quant elle apparut, elle écrasa les autres femmes (qui étaient des hommes). Avant d’avoir fait un geste (elle en faisait peu), avant de chanter. Il y avait en elle la santé féminine, la femme faite pour les glandes et l’âme. Les autres étaient des croquettes, car l’homme ne peut être femme naturelle. Ils essayaient d’être femmes. Elle essayait d’être un être humain. Elle y arrivait, sans doute. Mais en elle subsistait ce quelque chose d’essentiellement particulier, d’autant plus troublant qu’elle n’y faisait pas attention, la féminité.
Henry Michaux
Un barbare en Asie
Gallimard / L’imaginaire. 1953









