…le geek n’est plus à mon sens l’avenir du Sapiens. Il l’a été pendant disons cinquante ans, entre 1970 et 2020. Il portait en lui la promesse propre au cyberpunk, celle d’une émancipation de nos corps et de nos esprits par la technologie. Nous nous sommes laissé cybercer dans la douceur de cette illusion, sinon cyberner. La technogreffe fantasmée est bien advenue, elle tient dans nos paumes ou nos poches sous la forme d’un téléphone intelligent. A cette nuance près qu’au lieu de nous libérer, cette « augmentation » de l’humain s’est construite sur une intensification sans précédent des mécanismes de dépendance et d’auto-aliénation à l’outil, seule voie efficace pour maximiser le profit des fabricants et des plateformes. Le cyberpunk avait certes deviné que les corporations retourneraient la tech contre nous, il n’avait pas vraiment imaginé que ça passerait par des failles cognitives aussi frêles et aussi dérisoires qui font de nos cerveaux mous des poupées de chiffon qu’une psychologie comportementale de supermarché suffit à manipuler.
Alain Damasio
Vallée du Silicium.
Ed du Seuil – Villa Albertine 2024









