Leviathan

ramper à plat ventre tel un homme perdu dans le désert. Le moindre mot est pour moi entouré d’arpents de silence et lorsque j’ai enfin réussi à le tracer sur la page, il a l’air de se trouver là comme un mirage, une particule de doute scintillant dans le sable. Le langage ne m’a jamais été accessible de la façon dont il l’était pour Sachs. Un mur me séparait de mes propres pensées, je me sens coincé dans un no man’s land entre sentiment et articulation, et en dépit de tous mes efforts pour tenter de m’exprimer, j’arrive rarement à mieux qu’un bégaiement confus.

Paul Auster
Leviathan
Actes Sud. 1993

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