Je me méfie du mot Burn-out. C’est un mot anglais, comme si le phénomène venait d’ailleurs, comme s’il s’agissait d’un processus étranger. Alors que les burn-out ont lieu ici, pas seulement chez Amazon ou Apple, mais aussi chez, le boulanger, à la mairie, à l’agence, au théâtre, au bureau, à l’école, au centre social. Le burn-out n’est pas une invasion barbare, mais bel et bien une construction. Un projet. Civilisé. Civilisant. Une éducation. Un rituel sorcier.
C’est un mot acceptable socialement, moins stigmatisant que dépression. Bon nombre de mes amis ont fait des dépressions. Ils racontaient ce qui leur était arrivé, mais ils ne donnaient pas toujours le diagnostic. Le mot burn-out est plus convenable. On le dit au café, au téléphone, au premier venu. On ne raconte pas l’histoire, seulement la condition: burn-out.
Dire qu’on fait un burn-out, mais pas qu’on a envie de se pendre de temps en temps. Dire qu’on a fait un burn-out à cause des méthodes de harcèlement dans l’entreprise pour laquelle on travaille, mais taire le fait qu’on est harcelé depuis l’enfance par un père ou une mère qui nous ont préparés à endurer encore et toujours la famille comme si c’était différent. Prétendre que l’effondrement n’a pas débordé du cadre professionnel. Ce curieux besoin de mettre des frontières autour de ce qui ne va pas.
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Parfois le burn-out a privé mes amis de leur histoire. Ils disaient: j’ai fait un burn-out, et rien de plus. Ils n’entraient pas dans les détails.
Antoine Mouton
Nom de l’animal
Ed La Contre Allée. 2025









