Printemps birman

Sur le mur en bambou de la maison,
il y a un trou minuscule,
de la taille d’une pointe de crayon.
Disparue par ce trou,
notre petite fille
aux joues couvertes de « thanakha »*
n’est toujours pas rentrée.
N’en pouvant plus d’attendre,
la maman jette un coup d’œil
par le trou dans le mur,
et voit la bouche du canon d’un fusil,
rouge de sang.
Au fond, elle aperçoit un dîner de gala
éclairé de mille feux,
où l’on découpe pour la servir
la Birmanie ensanglantée.
Assis à la plus grande table,
le donateur de « pagode »* boit
le sang de la petite fille
comme du vin.
Dans les ténèbres alentour,
on entend des gémissements de chagrin.
« Ma petite fille, ma petite fille ! »
crie la mère avant de s’évanouir.
Le père, à son tour, regarde par le trou.
Tous les membres de la famille
regardent par le trou dans le mur,
A tour de rôle, sans plus pouvoir s’en détacher.
Maintenant,
dans le cœur de chaque habitant de ce pays,
il y a un trou minuscule
de la taille d’une pointe de crayon.

Min San Wai

A la mémoire de Pan Ei Phyu, jeune fille de 14 ans, tuée par une balle qui a traversé le mur en bambou de sa maison, à Meikhtila, le 27 mars 2021

Printemps birman
Le Trou
Heliotropismes. 2021

*Thanakha: une pâte cosmétique obtenue de l’écorce de l’arbre santal

*Donateur de pagode: référence ironique à Min Aung Hlaing, le chef de l’armée birmane et instigateur du coup d’état

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