un mois de jeûne au milieu de l’été
durant trois fois dix jours je me suis abstenu de viande
je me sens le cœur et l’os allègres
dès que je me lève mon corps est agile et léger
je commence à comprendre pourquoi ceux qui s’abstiennent en plus de céréales
en ont les quatre membres encore plis dispos et alertes
si au début on peut ainsi se libérer des maux et des maladies,
au bout d’un moment on doit sans doute devenir immortel
L’immortel Yu-kou chevauchait le vent doux,
l’immortel Pin rouge se promenait dans les nuées pourpres
j’ai toujours trouvé ces légendes ridicules,
mais aujourd’hui j’en comprend enfin le sens
mon âge a dépassé la moitié de cent
le souffle faible, l’esprit divisé,
à mes deux temps la soie blanche déjà pendille,
j’ai du mal à préserver mes trois champs de cinabre
il a suffi que je supprime les aliments alliacés et sanguins,
pour peu à peu renouer des liens avec la pureté et la quiétude
j’ai ôté mon bonnet d’officiel pour me consacrer à cultiver ma santé,
et finir ainsi les années que le ciel m’a accordées
Po Chu-yi
L’art de vivre du tao
un mois de jeûne au milieu de l’été
Ed Albin Michel. 2011









