Eldorado

L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibiers et de lacs poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu ,jusqu’à que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes

Il repensa aux paroles que l’inconnu avait prononcées. Il les laissa résonner longtemps en son esprit.L’Eldorado. Oui. Il avait raison. Ces hommes-là avaient été assoiffés. Ils avaient connu la richesse de ceux qui ne renoncent pas. Qui rêvent toujours plis loin. Le commandant regarda autour de lui. La mer s’étendait à ses pieds avec son calme profond. L’Eldorado. Il sit, à cet instant, que ce nom lointain allait régner sur chacune de ses nuits.

Laurent Gaudé
L’Eldorado
Actes SUd. 2006

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