C’est dans le temps purement humain,
très tristement humaine, que
se grave votre vain frétillement
de douceur animale, c’est
-tout à la froid proche et lointain –
dans le temps qui ne revient pas, et revient
toujours sous le monde sans
regrets, faire s’effondre le canal
ensoleillé, l’aire âcre, la campagne
ornée, presque dans des âges perdus.
Est-ce indifférence ou nostalgie
le sentiment – lui aussi humain
et fugitif – de qui vous guette
dans ce midi, dans ses vêpres
tristes perdues en des traînées turquoises…
la nature vous donne et la nature
vous exprime dans le cœur que vous étourdissez.
Le temps qui s’enfuture égal à soi
vous transporte avec lui dans l’obscure
monotonie qui renouvelle les vies.
Ah, ce n’est pas le temps de l’histoire,
car ce temps-là, de la vie non perdue,
ce ne sont pas là les hauts, incolores
lieux d’une patrie devenue
conscience au delà de la mémoire,
Mais on peut mieux les connaître
sinon dans ces très anciens enchantements
où ils sont plus proches ? Fossiles
d’une existence qui ne dévoile pas
aux yeux émus, mais se chante ?
Où mieux comprendre, toute entière,
la nature sui doit se faire
nation, l’ombre qui s’avère
dans la clarté ? Ah, douces marqueteries
que dans le vouloir volonté
de Vénitie, de Lombardi
terrifiés presque par trop
d’ivresse, par la folie
qui trop l’entraîne – l’hirondelle
pieuse tresse sur la terre
Le monde est plus sacré là où il est
le plus animal: mais sans trahir
la poéticité, l’originaire
force, c’est à nous que revient d’épuiser
son mystère en bien et en mal
humain. C’est cela l’Italie et
n’est pas cela: ensemble
la préhistoire et l’histoire qui
en elles cohabitent, si
la lumière et le fruit d’une obscure semence.
Pier Paolo Pasolini
Les cendres de Gramsci
Trad Jean-Paul Manganaro
Ypfilon editeur. 20024 (1957)









