Exilé

C’est au pays lointain dont vinrent mes ancêtres
Qu’aspire mon esprit, asservi par le corps.
A mes lèvres, des mots éprouvés, jamais entendus ;
Dans mon âme, des chants de la jungle oubliés.
Je retournerais à la pénombre, à la paix,
Mais le monde occidental me maintient en dette,
Je ne peux espérer de liberté complète
Quand devant ses dieux étrangers je me prosterne.
En moi quelque chose est perdu à jamais,
Une chose vitale est sortie de mon coeur,
Il me faut traverser la vie comme un fantôme
Parmi les fils de la Terre, à une chose près ;
Je suis né sous la menace de l’homme blanc,
Loin de mon climat natal, en dehors du temps.

1922

Claude McKay
Nous qui nous révoltons
Matthieu Verdeil
Hors d’atteinte.2026

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