Nous qui nous révoltons

Nous qui nous révoltons contre les barres de fer,
Et apprenons à penser à ceux qui ne pensent pas,
Nous qui enflammons les causes comme des étoiles ardentes,
Et exhortons les foules jusqu’à la lisière
Des mondes plus libres – qu’espérons-nous gagner ?
Nous qui resplendissons les couleurs de la vie
Quand nous versons la folie de notre cerveau
Dans les cours de pensée taris, pour qu’ils jaillissent encore ?

Nous vivons téméraires, insoucieux des habits,
De la chère, de tout ce qui aveugle et contraint.
Nos pensées sont des langues de feu et nos mots, des faucilles
Pour éclaircir la jungle cernant l’esprit humain.
Que pouvons-nous gagner – nous qui nous consacrons
A rendre vrai un rêve d’une étoffe plus belle
Qu’un sommeil confortable ne peut générer ?
Est-ce assez d’être nous, convaincus et rebelles ?

Nous qui créons les visions de l’humanité,
Et de ses désirs vagues forgeons des choses en or,
Jetant au vent qui sème les méditations,
Quand d’ails immortelles nous les avons dotées !
Nous qui créons des hymnes, grande musique de révolte
Qui travaillons aux mots comme les marins aux cordes,
Pour qu’ils frappent les hommes comme un éclair de foudre,
Qu’attendons-nous des œuvres humaines, qu’espérons-nous ?

Nous verrons des tyrans se pavaner au lieu
De monarques brisés, un renégat mielleux
Fouler au pied un sceptre de paysan !
Et nous verrons les pensées que nous aimions tant
Tordues, déchirées, mutilées en formes plus hideuses
Que les fantasmes de l’enfer, pour renforcer
Le vieil empire de singes nouvellement couronnés.

Nous n’avons rien à gagner, rien à espérer !
Mais nous devons sonner l’appel, donner l’élan,
Contre la tyrannie il faut toujours lutter,
Qu’enne porte l’habit du roi ou celui du paysan.
Partout peut-être la Brute va triompher –
Nul rêve nous ne choyons d’un monde sans défaut
Mais nous avons nos volontés d’agir et d’oser
Révoltons-nous, drapeaux au vent et fanions hauts !

Claude McKay
Nous qui nous révoltons
Matthieu Verdeil
Hors d’atteinte.2026

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