ANEMONE
1. Littéralement « Fleur du vent »; y tremble encore l’incertain génitif d’une forme brouillonne ayant fixé dès les ‘premières années’, anticipant les ‘premières paroles’, ma désignation d’une intrigue chromatique, si petite vue de loin, touchante et dispersée, belle tellement, toute de simplicité mais à présent si négligée, quasiment oubliée, un modèle de vieillerie en somme, qu’on pourrait certes, serait-ce naïvement, sinon en désespoir de cause, chercher de nouveau en plein champ, seul ou en compagnie, à quatre pattes, à tâtons (excursion disc-jockey dans la crypte du temps), mais au risque probable, il vaut mieux le savoir, de peiner en chemin (bascule toujours à redouter, menant sans qu’on s’en doute du versant d’anémie vers l’ubac d’acédie), voire jusqu’au découragement tant l’éclosion de cette fleur de rien semble à présent quasi hypothétique;
2. Nul autre choix dès lors pour ses ultimes spécimens que d’en rabattre en s’exhibant aussi crânement que de façon parcimonieuse, à savoir sous les espèces seules du souvenir, crépitant à mi-voix, sombre et humide, relançant du même coup sans chichis l’émulsion du passé, comme dessus-dessous, à l’endroit, à l’envers, en rêve comme en vrai, côté cour ou jardin, loin des étals quoi qu’il arrive (ne s’y trouvent aujourd’hui que ses clones de serre, des flandrins pitoyables, accessoires de commerce horticole à chambre et hampes froides, humectés dans leurs seaux plastifiés, mais privés à jamais du goutte à goutte vital des larmes d’Aphrodite et du sang d’Adonis)
Pierre Parlant
Anémone
Le cercle pour jamais
NOUS Editions 2026









