Comme chacun

Il revoit exactement l’endroit où il était, à hauteur du sens interdit, un échafaudage venait d’être élevé sur la façade de l’immeuble de la boulangerie. A chaque fois qu’il a appris une nouvelle importante, bonne ou mauvaise, à chaque fois qu’un événement a modifié le cours de sa vie, il a mémorisé le lieu exact…

Que restera-t-il de nous ?

Je n’en peux plus de ces flux continus, sur X, sur Insta, sur Tik Tok, ces fils que l’on déroule sans fin, dont on ne verra jamais le bout. Ca me donne la nausée. Voilà ce que nous avons perdu : la satisfaction d’avoir terminé, la certitude que cela s’arrête quelque part.Et puis je n’en…

Smartphone

Cet objet de sept centimètres sur quinze, qui pèse moins de trois cent grammes, contient une vie. Il recèle le plus poétique et le plus prosaïque. Le plus exposé et le plus intime. Il abrite des confidences, des souvenirs, des déclarations. Des espoirs et des déceptions. Une multitude de rendez-vous et de conversations dérisoires. Des…

Le Hussard

Le Hussard était toujours sur mes genoux. Il fixait les images qui passaient à l’écran, et surtout le curseur de la souris, qui se baladait à droite et à gauche. Il regardait cela sans mot dire, l’air absorbé par le rongeur électronique et les siècles qui défilaient devant lui. Le dit du mistralLe Tripode.2022

L’éthique des hackers

…on trouve une chose à portée de main pour laquelle l’enseignement académique ne sera d’aucun secours. Cette chose, c’était le hacking: cela semblait tellement évident que ce n’était même pas un sujet de conversation pour ceux qui gravitaient autour du TMRC* et du PDP-1. Cette activité leur semblait si gratifiante qu’on pouvait y consacrer sa…

Le dit du mistral

Monsieur Sécaillat était comme il parlait : grand et sec comme un fil de fer, sans galimatias* ni chichi bellis*. On pouvait croire qu’il n’avait que la peau sur les os, qu’une pichenette suffirait pour le faire tomber. C’était à la fois faux et trompeur. Faux, car il suffisait de le regarder travailler pour le…

Chroniques de l’oiseau à ressort

le train se mit à rouler, mais la lune resta suspendue juste au_dessus de ma tête. Dans les tourments, elle disparaissait pour surgir à nouveau aussitôt après. Je la suivais des yeux et, quand elle restait invisible, regardais par les fenêtres les lumières des petites bourgades que le train traversait. J’imaginais la silhouette de May…

Paul Auster

30 avril Mon chéri est mort aujourd’hui à 18 h 58. Nous avons joué pour lui la musique de Sophie. Nous avons joué « Hold On » [« Tiens bon »] de Tom Waits. Il ne pouvait plus tenir bon. Kettlie a dit, il peut vous entendre. Parlez-lui. J’ai pris son visage dans mes mains.…

D’après une histoire vraie

L. ne différait jamais aucune rencontre : les choses se produisaient sur le moment ou n’avaient pas lieu. L. vivait maintenant, comme si tout pouvait s’arrêter le jour même. L. ne disait jamais « on se rappelle pour prendre un rendez-vous » ou « essayons de nous voir avant la fin du mois ». L. était disponible sur-le champ,…

bord du monde

Je voudrais que toi, tu te souviennes de moi, dit Mlle Saeki, et elle m’a regarde dans les yeux. Si tu te souviens de moi, cela m’est égal que tous les autres m’oublient. Le temps pèse sur toi comme un vieux rêve au sens multiple. Tu continues à avancer pour traverser ce temps. Mais tu…