Jean Genet

RIEN NE TROUBLERA plus l’éternelle saisonOù je me trouve pris. L’eau de la solitudeImmobile me garde et remplit la prison.J’ai vingt ans pour toujours et malgré votre étude. Pour te plaire ô gamin d’une sourde beautéJe resterai vêtu jusqu’à ce que je meureEt ton âme quittant ton corps décapitéTroublera dans mon corps une blanche demeure.…

Légèrement ivre

Je suis légèrement ivreje vois les choses plus douces qu’elles ne le sontles hommes moins violentstout en sachant que la vérité n’est pasce que je perçois du mondeje suis légèrement ivre dans une nuitplus calme qu’un soir d’automnechaque mouvement devient une danseet chaque parole un discours importanttout ira bien demain voilà à quoi ressembleune pensée…

Tsunami

Ce qui est important, c’est tout à coup la violence des alarmes et des sirènes et des cris au-dehors, des voix que Guillermo ne comprend pas. Il rit encore d’un rire mécanique dont il laisse courir les soubresauts sur ses lèvres tandis que Yuko pourrait comprendre, elle, si elle entendait les voix, les cris des…

Retrouver la douceur

Les jours passent à la vitesse d’un homme qui n’attend pas:écrire un poème c’est aller voir ailleurs si j’y suiset un autre monde avec moi.Le poème est coincé dans une matinéecomme une clef dans une serrure :Impossible d’ouvrir ou de fermerimpossible d’être en colère sous peine de casseril faut trouver dans sa main, dans sa…

amourité

comme tu es parfaite de tes brisuresde tes failles jaillit le bijoutes yeux d’exil se loventau creux mon isolalorgne, lorgne l’amouritén’y vois pas l’obscurité magistrale,de ce brouillard pourpre cessed’enfumer l’avenirje nous le jure, sur la vie de la merau creux des cendres en fuitedonne-moi la main et traverse mes récifs comme tu es colosse au…

L’innocence

Regardant vers la mer, c’est une lignede montagnes sans rupture. C’est le ciel.C’est le sol. Lànous vivons, là-dessus. C’est une brumemaintenant tangente à une autredouceur. Ici les feuillepoussent, làse montre aux yeux le rocher ou sa preuveCe que j’en viens à faireest partial, en partie gardé pour moi. Robert Creeley(1926-2005)Par amourEd. Nous. 2025

Espace

Tu scrutes, tubulaireRegard, au seuil du bleuRaréfié,Circonstance circulaire,Sans intention, miroir, narcisse,Hormis la captation du ventre de l’abysse,Jusqu’aux rayons fossiles du brasier tumultueux,Terminus inversé de l’espace et du temps. Tu focalises alors sur l’opaque transpercé de nuages, de perles et d’amas ramifiés.Dans l’univers une toile,Dans celle-ci une étoiler,Spectacle insignifiant.Planète, continent,Poussières: tu m’y verras, infime, détail, assisÉcrivant…