Tchekhov

Lev Savvitch Tourmanov, petit bourgeois moyen possédant un petit capital, une femme jeune et une respectable calvitie, jouait un jour au wint chez un de ses amis qui célébrait sa fête. Lorsque après avoir perdu gros il se sentit tout en sueur, il se rappela soudain qu’il y avait longtemps qu’il n’avait bu de vodka. Il se leva donc et, sur la pointe des pieds, en se dandinant d’un air important, se fraya un passage entre les chaises, traversa le salon où dansait la jeunesse (là, il eut un sourire condescendant et tapota paternellement l’épaule d’un jeune pharmacien maigrelet), puis se faufila prestement par la petite porte qui conduisait au buffet. Il y avait là, sur un guéridon, des bouteilles, des carafes de vodka… A côté, parmi d’autres mets, entre du vert persil et des pousses d’oignon, il restait dans une assiette la moitié d’un hareng. Lev Savvitch se versa un petit verre, agita les doigts en l’air comme s’il s’apprêtait à tenir un discours, vida son verre et prit un air de souffrance, puis il piqua une fourchette dans le hareng et…Des voix, soudain, retentirent derrière la cloison.

Anton Tchekhov
Nouvelles
« Vengeance »
1887

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