Les Indes

Chant premier

VIII
Chacun vit que l’Océan faisait commerce de soi-même, à l’autre plage de la vie.
Qu’il était riche de manguiers, de soies, d’épices, de venelles
(Mais où était l’épice, et où était la soie, tu le demandes maintenant ?)
Et chacun s’écria que l’océan est force dure, qui s’éprouve, impure, et se nourrit de sa chair-même !

 

 
Chant deuxième
Le voyage

La Peur. Durant les trois mois (une éternité) qu’ils furent sur l’infini de l’océan, ces marins connurent l’ambiguïté ; ils connurent que le Nord, asile de l’aiguille est double. Que ne souffrirent-ils pas ? l’homme sur la mer paie tribut à ses attaches séculaires, à son tranquille établissement. La peur ennoblit ce qui est vénal, et peuple la mer de cathédrales étincelantes. C’est l’ascèse. Elle rend digne d’un sable nouveau cela qui n’est d’abord que ténèbre entre la Demeure et la Connaissance : l’inépuisable voyage. “Trois jours, leur avait dit Colomb, et je vous donne un monde.” Le 12 octobre 1492, l’ancre fut jetée, face aux forêts, sous un soleil éclatant.

 

XXIII
Ô Geysers…Le marin n’attend pas pour demain qu’il accoste, à l’aube triste,
Ni pour ce soir, quand les phosphores de la mer écriront leurs orées.
Mais il attend la fin, il est le mousse de l’attente, tout le jour.
Il dit :” Passe le temps, le temps qui passe me grandit “; puis il a peur !
Et c’est bruit de folie, d’histoire très ancienne dans sa tête.
Et c’est bruit d’or et de batailles dans son cœur.

 

Edouard Glissant
Les Indes
Ed Falaise.1956

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