Total Khéops

Ce soir-là, j’avais proposé d’aller dîner aux Tamaris, un petit restaurant grec dans la calanque de Samena, pas loin de chez moi. Il faisait chaud. Une chaleur épaisse, sèche comme souvent fin août. Nous avions commandé des choses simples: salades de concombres au yaourt, feuilles de vignes farcies, tarama, brochettes aux cent épices, grillées sur des sarments de vignes, avec un filet d’huile d’olive, petit chèvre.
Nous avions marché sur la petite plage de galets, puis nous nous étions assis sur les rochers. C’était une nuit superbe. Au loin, le phare du Planier indiquait le cap. Leila posa sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentaient le miel et les épices. Son bras glissa sous le mien, pour prendre ma main. A son contact, je frissonnai. Je n’eus pas le temps de me défaire de ses doigts. Elle se mit à réciter un poème de Brauquier, en arabe:

Nous sommes aujourd’hui sans ombre et sans mystère,
Dans une pauvreté que l’esprit abandonne ;

Rendez-nous le péché et le goût de la terre
Qui fait que notre corps s’émeut, tremble et se donne.

 

Jean-Claude Izzo
Total Khéops
Gallimard. 1995

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