Mahmoud Darwich

Un jour je m’assoirai sur le trottoir, le trottoir de l’étrangère
Je n’étais pas un narcisse, bien que défendant mon image
Dans les miroirs. As-tu jamais été là, l’étranger ?
Cinq siècles passés et achevés, et notre rupture demeure, là, inaboutie
Et entre nous les lettres, toujours, et les guerres
N’ont pas modifié les jardins de ma Grenade. Certain jour je passe par ses lunes
Et je frotte d’un citron mon désir. Enlace-moi que je renaisse
Des parfums d’un soleil, d’un fleuve sur tes épaules, de pieds
Qui égratignent le soir et il verse des larmes de lait à la nuit du poème
Je ne fus pas un passant dans les mots des chanteurs

J’étais leurs paroles
La réconciliation d’Athènes et de la Perse, un Orient étreignant un Occident
Dans le départ vers une même essence. Enlace-moi que je renaisse
D’épées damascènes dans les magasins. Il ne reste de moi
Que ma vieille armure, la selle sertie d’or de mon cheval. Il ne reste de moi
Qu’un manuscrit d’Averroès, le Collier du pigeon, et les traductions
J’étais assis sur le trottoir sur la place des pâquerettes
Et je comptais les pigeons : un, deux, trente…et les jeunes filles qui
Subtilisaient l’ombre des arbrisseaux sur le marbre, et ne laissaient
Les feuilles de l’âge, jaunies. L’automne est passé par moi et je n’y ai pris garde
Tout l’automne est passé, et l’Histoire est passée sur ce trottoir
Et je n’y ai pris garde

 

Mahmoud Darwich
ANTHOLOGIE 1992-2005
Un jour je m’assoirai sur le trottoir
Acts Suds-Babel 2009

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