Poétique de combat

La guerre n’est plus déclarée,
mais poursuivie. L’inouï
est devenu quotidien. Le héros
reste loin des combats. Le faible
a rejoint la ligne de front.
L’uniforme des jours est la patience,
la décoration, la misérable étoile
de l’espérance au-dessus du cœur.

Elle est remise
lorsque plus rien n’arrive,
lorsque le feu roulant se tait,
lorsque l’ennemi est devenu invisible
et que l’ombre de l’éternel réarmement
couvre le ciel.

Elle est remise
pour désertion devant l’étendard,
pour témérité devant l’ami
pour trahison d’indignes secrets
et non-exécution
de tout ordre.

Ingeborg Bachmann
Toute personne qui tombe a des ailes
Poèmes 1942-1967. Autriche
Tous les jours
Gallimard 2015

Laisser un commentaire