Une fois, rentrant au bateau, je débusquai de grands cerfs dans les rues vides d’un village. Ils se frottaient le dos aux lampadaires. C’était une vision de fin du monde. En ce début de siècle, quelque chose souffrait. La machine empiétait sur l’homme. L”âme du monde se retirait sous les coups de la multitude et de l’extase technique. Les écrans clignotaient, les puces pulsaient, les algorithmes tournaient, la marchandise ensevelissait la terre, les têtes se vidaient, les cœurs se cuirassaient. Les fées reculaient. Devant ces cervidés dans les ruelles vides, il y avait une préfiguration de la fin de l’homme. “Si le divin a existé, alors il reviendra car il est éternel”, écrivait Hölderlin à Hegel en 1797. Je n’en étais pas convaincu. Restait la fée. Au moins son nom signifiait-il la tentative d’échapper à l’immonde mâchoire de l’utile et du profitable.
Sylvain Tesson
Avec les fées
Ed des Équateurs/ Humensis. 2024









