Attitude

Un écrivain, le jour se son arrivée en Inde, se déshabilla sur une plage pour plonger dans les vagues, revint sur le sable, se rendit compte qu’on l’avait dévalisé et loua alors les dieux d’éprouver sa capacité à la bienheureuse indifférence. Il faut se mettre à l’école de l’acceptation du sort, de l’amor fati nietzschéen…

A l’affût

Les herbivores circulaient, rasant les pâturages au contact des versants et du glacis. A la pliure du relief, là où les déclivités rencontraient l’auge de la vallée, naissaient de petites sources. Passait une file d’ânes sauvages, promenant sur des jambes jamais tremblantes une grâce fragile et une robe d’ivoire. Passait une collone d’antilopes, un voile…

Hic et Nunc

Nous décomptons souvent ce qui nous reste à souffrir. C’est la source de notre malheur. La perspective des heures à endurer est plus lourde que le fardeau lui-même. Les vieux maîtres de la tradition Zu Ch’an, ancêtre des doctrines zen, enseignaient au contraire l’art de la parfaite momentanéité. Ils travaillaient à se saisir de l’instant…

Capacité d’émerveillement

Il y a dans la capacité d’émerveillement l’un des secrets de l’énergie vitale. Quelques rares êtres réussissent à se maintenir en perpétuel état de reconnaissance devant le cours des choses, à “tenir [leur] âme en haleine” selon Montaigne. Non pas qu’ils aient affûté leurs yeux à mieux regarder le monde ou qu’ils possèdent un prédisposition…

Steppes Kazakhes

J’avance avec l’espoir que le kilomètre suivant me réservera  une heureuse surprise. Ou que la minute d’après apportera quelque changement. Ou même que le fil d’une idée me viendra, égayant la tapisserie de mes pensées. Mais rien ne varie jamais  sous mon ciel. Le vent, la steppe, les kilomètres… Je suis piégé dans la répétition…

Orchestrer le repli

Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non ! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus…

Lena

Mercredi 18 juin Entendu l’appel des oies sauvages Vu un écureuil et un cerf Passé un ruisseau aux couleurs d’or Marché dans la bruyère Observé les jeunes pousses des sapins de saison Traversé deux bras morts à la nage Cueilli un bouquet de fleurs acidulées pour Lena Abattu trois kilomètres de marais Croisé personne Sylvain…

Baïkal

…je suis de plus en plus convaincu que celui côtoie le ressac d’un lac finit par contracter un vague à l’âme. Sa vie alors comme une algue, se fait bercer passivement par le courant des jours.(…) A ma gauche, des marais vert tendre où crient des échassiers. Et, devant moi, la flèche de sable légèrement incurvée par…

Une vie à coucher dehors

J-2 Les cèdres nains faisaient obstacle. Leurs branches barraient le chemin. Il fallait ramper dans les tunnels ouverts par le passage des bêtes. Pour éviter l’obstacle, il gagnait la rive. Les chevilles souffraient sur les galets ronds, chaque pas était un triomphe, il revenait sur le chemin obstrué de végétation. Il passa la journée à…

S’abandonner à vivre

Je me souviens d’un numéro de Pour la science de Novembre 1997: un entomologiste allemand y expliquait que le hanneton ne peut mathématiquement pas voler. Si l’on modélise les paramètres anatomiques et physiologiques de l’insecte – son poids, la surface de ses ailes, la fréquence des battements -, il devrait s’écraser. Le miracle est que…