Vers le phare

phare02-facileIls venaient là régulièrement chaque soir, poussés par quelque besoin intérieur. Comme si l’eau faisait flotter, faisait voguer des pensées devenues stagnantes sur la terre ferme, et procurait à leurs corps mêmes une espèce de détente physique. D’abord, la vibration de la couleur inondait la baie de bleu et le cœur se dilatait lui aussi et le corps ondoyait librement avant d’être aussitôt freiné et glacé par la noirceur épineuse dont se hérissait chaque vague. Puis, derrière le grand rocher noir, presque chaque soir à intervalles irréguliers, d’où la nécessité d’être vigilant et quel délice quand cela se produisait, jaillissait une fontaine d’eau blanche; et puis pendant qu’on l’attendait, on regardait, sur le pâle demi-cercle de la grève, la pellicule de nacre que déposait inlassablement une vague après l’autre.

Virginia Woolf
Vers le Phare
Folio. 1929

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