leçon d’un arbre

4 août, 6 heures de l’après-midi. Lumières et ombres, effets rares sur le feuillage des arbres et sur l’herbe: des verts, des gris, etc., transparents, dans toute la pompe et l’éblouissement du coucher du soleil. Les clairs rayons se jettent maintenant en de nombreux endroits nouveaux, sur le bas des troncs, ouaté, ridé, d’un gris-brun mordoré, plongé dans l’ombre sauf à cette heure; ils en inondent maintenant la jeune et vieille rudesse d’une colonne de lumière violente, dévoilant à mes sens de nouveaux traits étonnants, d’un charme silencieux et hirsute, la solide écorce, l’expression d’inoffensive impassibilité, avec beaucoup de bosses et de nœuds que je n’avais pas remarqués. Dans la révélation d’une telle lumière, d’une heure si exceptionnelle, d’une telle humeur, on ne s’étonne pas de vieilles fables (pourquoi des fables, au fait ?) que les gens tombent malades d’amour pour des arbres ou sont saisis d’extase devant leur irrésistible force silencieuse, force qui est peut-être, après tout, la dernière beauté, la plus complète et la plus haute.


Walt Whitman
Comme des baies de genévrier. 1882
Trad Julien Deleuze
Ed Mercure de France

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