Ondine

Se creuse un nombril d’écume
au milieu d’un ventre d’algues
à travers sangs et courants
on distingue les vertèbres
qui se cambrent sous le sel

 

Un bras nageant va rejoindre
un autre bras qui devient
une jambe s’enfonçant
comme une queue de sirène
dans un tourbillon d’écailles

 

Les pieds des vagues descendent
les escaliers des marées
essuyés par les cheveux
ruisselant des Danaïdes
faisant rouler leurs derniers

 

Monnaies qui se liquéfient
dans les doigts qui les arrachent
aux coffres-forts des rochers
pour rejaillir en geyser
de lait de sperme et de rires

 

Ainsi les élancements
de ton corps et tes soupirs
feraient déborder les gouffres
des Sécurités Sociales
en averses de Jouvence

.

Michel Butor
Ondine

Seize Lustres
Gallimard. 2006

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