Zabor

Une conjecture : vous lisez un livre en commençant par sa fin. L’histoire remonte le temps au lieu de l’accomplir, en même temps que les pages s’altèrent, vieillissent, deviennent fines, fragiles. Vous les tournez et elles se modifient, de papier deviennent papyrus, chanvre, peau de chèvre, omoplates, écorces d’arbres, eau sous le doigt, constellations. Vous les tournez, et l’écrire elle-même remonte le temps : de la typographie au manuscrit, du manuscrit à la lettrine du copiste puis au signe, au trait, à la cicatrice du cunéiforme, à l’icône, au dessin, à la gravure rupestre avant de finir – recommencer – dans l’index de la main qui désigne quelque chose, le dessin des pelages, l’ondulation du reptile, le mouvement des yeux, le plus rauque des soupirs, la syllabe. Arrivé à la première page, vous vous retrouvez assis, poète ou chasseur, contemplant une forêt qui ressemble à une ligne d’encre entre le ciel de l’aube et la terre encore obscure.

 

 

Kamel Daoud
Zabor, ou Les Psaumes
Actes Suds. 2017

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