La Nature des Choses

Inquiétude clandestine
les étoiles sont dispersées sans ordre
poignées de graine petites ou grosses
éparpillées par une main négligente

Le mouvement est une nécessité du monde
sans quoi il ne serait qu’un machin inutile
un tel plan ne peut jamais être accompli

Blanches traînées de vapeurs jetées sans direction dans l’espace
entre elles des déserts où toute lueur se perd
incessamment des mondes croulent
sans que jamais se vide le ciel

L’univers
atteste la monotonie des états d’âme et de chair

mérite-il de durer

Où est ma Terre
laisse moi te regarder
car c’est de toi que je suis fait

L’ordre infaillible des rythmes
trahit déjà un gauchissement
les paroles ont quelque chose de confus
aux visions radieuses s’entremêlent les songes noirs

J’ai cette indifférence superbe au sort de la transitoire humanité
il y a dans cet élan de quoi ravir des aspirations plus troubles

La logique du rêve est non moins astreignante
que celle des géomètres
les assimilations biologiques
rencontrent de puissantes complicités

L’aventure intérieure pèse plus lourd
que l’expérience objective

L’être est une farce éphémère
au fond de rien où l’espace et le temps explosent
oeuvre tumultueuse du diable
divine mort rêve de pierre

Comme des étincelles dans les roseaux
transmués en substance lumineuse
nous sommes une lente rêverie végétale
où s’étirent les rameaux du désir

C’est ainsi que se consume l’univers
et cela éternellement

Jean-Pierre Luminet
La Nature des Choses
Cherche Midi. 2012

 

Préface de Jean Orizet

Depuis longtemps j’ai pour ce poète et homme de science estime et amitié. Il est, à mes yeux, une image possible de “l’honnête homme” du XX° siècle: à la fois astrophysicien à l’observatoire de Meudon, directeur de recherche au CNRS, poète, essayiste, romancier, anthologiste, graveur, dessinateur, musicien et vulgarisateur dans le meilleur sens du terme.

Il a, au propre comme au figuré, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Pour Jean-Pierre Luminet, “la lumière est seule constructrice du monde” et la poésie lui est, à l’entendre, “absolument nécessaire parce que son langage spécifique  permet de parler de ce que la science ne peut pas dire : le cosmos intérieur, les profondeurs de l’âme humaine”.

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