Khalil

J’étais la lie de l’humanité, Rayan, un putain de zonard sans devenir qui ne savait où donner de la tête et qui attendait que le jour se lève pour courir se refaire dans une mosquée. Et la mosquée, plus qu’un refuge, m’a recyclé comme on recycle un déchet. Elle a donné une visibilité et une contenance aux intouchables que nous étions, Driss et moi, nous a sortis du caniveau pour nous exposer en produits de luxe sur la devanture des plus beaux édifices. C’est ça, la vérité, Rayan. La mosquée nous a restitué le respect qu’on nous devait, le respect qu’on nous avait confisqué, et elle nous a éveillés à nos splendeurs cachées…
(…)
Perdu dans mes pensées, je ne voyais ni les rues ni les gens. J’étais un mort-vivant errant dans le brouillard. Était-ce l’absence de Driss ou le fait d’être livré à moi-même qui effaçait le monde autour de moi ? J’étais si seul et si malheureux. J’avais besoin de quelqu’un à qui parler pour me prouver que les murs qui m’escortaient étaient de pierres et de briques, que le bruit alentour n’avait rien à voir avec le roulis diffus dans ma tête. Je me sentais aussi vide qu’un sachet gonflé de vent. Je ne marchais pas, je flottais. 
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Yasmina Khadra
Khalil
Ed Julliard. 2019

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