Plus on va vers l’est, plus cette terre devient noire.
Méfie-toi, ne demande rien. Prends ton arme et de l’eau pure.
Sois raisonnable, éjacule sur mon ventre, renonce à l’accessoire.
Je ne veux plus d’enfants en ces temps obscurs.
Nous traverserons des montagnes, des forêts, des ravins,
des villes grises et des cendres des désastres humains.
Et pourtant, tout sentier obstinément s’élève
dans ce monde où la vie au Golgotha s’achève.
Que perdrons-nous alors ? Nous, libres, joyeux et amers.
Nous tenons un bouquet de souvenirs et une touffe de bonheur.
Quand viendra le temps, on me mettra en terre
à tes côtés. Mais ici nous détenons pour l’heure
des aubes rouges dans les champs de mines et de coquelicots,
des petits-déjeuners paresseux, du vin, de la rosée, de l’eau.
Des visages bronzés et tannés. La route et sa poussière.
Printemps, été, automne, hiver…et puis la guerre.
Irina Tsylik
Ukraine: 24 poètes pour un pays
Ed Bruno Doucey. 2022









