D’après une histoire vraie

L. ne différait jamais aucune rencontre : les choses se produisaient sur le moment ou n’avaient pas lieu. L. vivait maintenant, comme si tout pouvait s’arrêter le jour même. L. ne disait jamais « on se rappelle pour prendre un rendez-vous » ou « essayons de nous voir avant la fin du mois ». L. était disponible sur-le champ, sans plus attendre. Ce qui était pris n’était plus à prendre.
J’admirais sa détermination, et je crois n’avoir observé chez personne d’autre une telle présence à l’instant. L. savait depuis longtemps ce qui était important pour elle, ce dont elle avait besoin et ce dont il lui fallait se protéger. Elle avait opéré une sorte de tri sélectif qui lui permettait d’affirmer sans détour quelles étaient ses priorités, et les éléments de perturbation qu’elle avait définitivement exclus de son périmètre.
Sa manière de vivre – pour ce que je pouvais en percevoir – m’apparait comme l’expression d’une force intérieure que peu de gens possèdent.

Delphine de Vigan
D’après une histoire vraie
JC Lattes.2015

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