Pot pourri

chaque lettre est un placard
les mots rebattus interdits
laisses-les-moi ils me conviennent
le temps coule dans ma bouche
monochrome métaphysique
ou mythologie blanche
ce qui ne va pas sans dire
autant le répéter
chaque lettre est un placard


bientôt je bave comme une bête
qui ne veut rien savoir
qui en sait trop
le temps qui passe comme une figue
vivaces décombres rhétoriques
toujours à disposition
c’est pourtant là que bat du cœur
on y puise on s’y épuise
chaque lettre est un placard

tendre un arc sans surface
sur fond de ciel ou pas
face au robot tueur
poétesse inutile
minoritaire
archi minoritaire dans et sur
l’ethnocentrisme dominant dominateur
arc-en-ciel ou rossignol
quelque chose
du scintillant
quelque chose d’habitable
pour chacun
le sexe dans toutes ses positions
comment habiter la terre
sans déchaîner les astres
chaque lettre est un placard

mieux vaut donc par ces temps avariés
laisser aboyer les chiens
boire en hâte quelques Campari
porter des toasts
pisser sur chacune des strophes
épique lyrique ou dramatique
puisque loin des méduses primitives
vivant de détritus
ou de leurs semblables
les humains en vrac
mot d’ordre ou ordre des mots
sans cesse
matin comme soir ils triment
tandis que muet le poème
lape avec lenteur
le blanc de la page
autrement dit se torche
chaque lettre est un placard

Liliane Giraudon
Pot Pourri
POL. 2025

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