La nuit juste avant les forêts

elle aurait pu me chanter n’importe quoi, je ne pouvais plus rien, j’étais d’accord avec tout son de la voix qu’elle devait avoir si elle avant chanté, je cachais qui j’étais, j’adhérais à tout, forces nouvelles, fascistes, royalistes. Occident, tous les chasseurs de rats, tringleurs organisés, entubeurs internationaux, je disais ce qu’elle voulait, je faisais la chasse à qui elle m’aurait demandé, à cause de ce qu’elle était belle comme ce n’est pas possible, à cause de ce qu’elle promettait, pour nous, après la chasse, la cause de ce qu’elle l’avait fait lâcher tout et courir, d’une telle manière ! qu’est-ce-sue j’aurais du faire ? me boucher les oreilles? si elle avait mi ses lèvres près de mes oreilles, qu’est-ce que j’aurais du faire ? m’enfuir ?, si elle avait mis sa main sur ma jambe, qu’est-ce que j’aurais lors pu faire, alors ? lui couper ? -ou: me le couper, à moi ? c’est par là qu’ils vous prennent, comme les derniers des cons, alors, il faut se l’attacher, se priver même de cela, pour être bien certain de ne pas se faire niquer !, nous autres, camarades étrangers, il faut se priver de tout et de se l’attacher solidement : la principale idée, dans mon idée de syndicat, c’est empêcher de bander, pour toujours et partout, tant que tout est dirigé par le petit clan secret, qui tient les ministères, les flics, l’armée, le travail…

Bernard-Marie Koltés
La nuit juste avant les forêts
Les éditions de Minuit. 1988

Laisser un commentaire