Jungle

S’en prendre au véhicule de tête permettait de laisser du temps aux autres pour monter dans ceux qui suivaient.
Les bâches furent déchirées, les portes arrière forcées at au fur et à mesure, les poids lourds furent envahis. Alors qu’un des migrants s’approchait, tenant à bouts de bras une branche enflammée, prêt à jeter dans la cabine du premier camion, il fut projeté en arrière sous le choc d’une balle plastique, puis d’une seconde. Cinq mètres plus loin, Cortex rechargea de deux nouvelles munitions son flashball. Wolf, le chien déglingué, traçait de gauche à droite comme une flèche, percutant tout ce qui n’était pas blanc. Insensible à la lacrymogène comme tous les chiens, il semblait infatigable, et presque heureux.
Face au nombre inhabituel d’assaillants, Passaro et l’équipage de CRS n’eurent pas d’autre choix que de tenter de dégager la zone. Par dizaines, des grenades lacrymogènes s’envolèrent en feu d’artifice haut dans le ciel avant de retomber sur cette portion d’autoroute devenue champ de bataille. Un nuage de gaz irritant se forma autour d’eux. Aveuglés, gorge enflammée, nez brûlant, à la limite de suffoquer, les flics en prenaient tout autant que les migrants.
Lorsque le chauffeur du deuxième camion de la file vit le sort réservé à son collègue, la peur dérégla sa raison, et, comme beaucoup d’autres avant lui, il décida de forcer le barrage enflammé. Marche arrière mal gérée, il percuta le véhicule derrière lui, passa la première, fit rugir le moteur et doubla le poids lourd immobilisé.
Plus rien ne s’entendait. Entre les cris, les sommations, le verre brisé et les moteurs tournants, un vacarme terrifiant. Bastien, malgré les conseils de Passaro, se refusa à rester planqué. Il sortit de la voiture et tenta de retrouver son équipe dans cet enfer où l’on ne distinguait rien à plus de cinq mètres.

Olivier Norek
Entre deux mondes
Ed Michel Lafon.2017

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