La Grande Villa

Je pense grenouille et, appliquée, je me déploie, mes jambes s’ouvrent – je m’étire, je pousse et je glisse. Je m’étire, je pousse et je glisse, et la force et la lenteur ensemble disent quelque chose de la justesse. Faire lentement pour faire juste, comme quand je parle je cherche le mot qui rarement me vient…

Aube

Le soleil qui court sur le monde J’en suis certain comme de toi Le soleil met la terre au monde Un sourire au-dessus des nuits Sur le visage dépouillé D’une dormeuse rêvant d’aube Le grand mystère du plaisir Cet étrange tournoi de brumes Qui nous enlève ciel et terre Mais qui nous laisse l’un à…

La déclaration des poètes

Les poètes déclarent: Ni orpheline, ni sans effets, aucune douleur n’a de frontières ! Les poètes déclarent que dans l’indéfini de l’univers se tient l’énigme de notre monde, que dans cette énigme se tient le mystère du vivant, que dans ce mystère palpite la poésie des hommes : pas un ne saurait se voir dépossédé…

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Chaque année je me demande Comment écrire Autrement Plus véritablement encore Depuis cette même chose   Périodique de la mort Plutôt la vie Qui revient – et mieux même Que les saisons Continuelles   Pas de dérèglement climatique Sur le souvenir si vivant De toi vibrant Avec Cette utopie – effrénée  Putain d’énergie positive !…

Les Indes

Chant premier VIII Chacun vit que l’Océan faisait commerce de soi-même, à l’autre plage de la vie. Qu’il était riche de manguiers, de soies, d’épices, de venelles (Mais où était l’épice, et où était la soie, tu le demandes maintenant ?) Et chacun s’écria que l’océan est force dure, qui s’éprouve, impure, et se nourrit…

Sans toi

Le soleil des champs croupit Le soleil des bois s’endort Le ciel vivant disparaît Et le soir pèse partout … Paul Eluard Sans toi Le livre ouvert. 1938-1944 Gallimard

nulle part

Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s’étourdit notre affection ? Cerne après cerne, s’il approche c’est pour aussitôt s’enfouir. Son visage parfois vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous…

Iréêve

Cet hivernage de la pensée occupée d’un seul être que l’absence s’efforce de plaquer à mi-longueur du factice et du surnaturel . René Char Lettera amorosa 1947-1949

L’adolescent souffleté

Les mêmes coups qui l’envoyaient au sol le lançaient en même temps loin devant sa vie,vers les futures années où, quand il saignerait, ce ne serait plus à cause de l’iniquité d’un seul. Tel l’arbuste que réconfortent ses racines et qui presse ses rameaux meurtris contre son fût résistant, il descendait ensuite à reculons dans…

Correspondance

La Voie lactée plongeait dans la vallée et rejoignait la buée lumineuse qui montait des villages. On ne savait plus ce qui était étoile ou lumière des hommes. Il y avait des villages dans le ciel et des constellations dans la montagne. La nuit était si belle, si vaste, si parfumée qu’on se sentait un…