l’invisibilité sociale

Le XX° siècle a vu se transformer de façon très insidieuse l’idéal d’émancipation. Le processus d’individuation a laissé place à un hyperindividualisme, fortement fragilisé, parce que découpé de formes collectives de défense. Comble du paradoxe, cet individu acculé à une mise à disposition de soi-même, totalement perverti par une culture du narcissisme et qui, régulièrement, s’adonne au spectacle, n’en est que plus invisible. Si son hyperactivité -voire son hystérie- donne l’impression d’une visibilité, il n’en demeure pas moins que cette dernière est un leurre et que s’organise sournoisement son “invisibilité sociale”. Pour Axel Honneth, l’invisibilité sociale est la manière dont s’exerce individuellement la société du mépris. Elle organise la mésestime sociale et partout rend invalide le processus de reconnaissance, par ailleurs nécessaire pour un processus d’émancipation. Refuser à l’autre sa visibilité sociale, c’est ni plus ni moins lui refuser une valeur sociale. Et le lieu par excellence de ce manquement à la visibilité ou à la reconnaissance est le monde du travail.

Cynthia Fleury
La fin du courage. Fayard.2010

Valérie Jouve — Les Sorties de bureaux, détails, 1998 – 2002

Valérie Jouve — Les Sorties de bureaux, détails, 1998 – 2002

Une réflexion sur “l’invisibilité sociale

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