Yerzhan

Yerzhan1 Sous la lumière faiblarde de la lampe, Mémé Ulbarsyn triait la laine de chameau tandis que Yerzhan se penchait sur la table et dessinait ce qui lui passait par la tête. Pendant les longues soirées d’hiver, il finit par apprendre à lire et à écrire à Aisulu. Elle commença l’école l’été suivant et devint vite la meilleure élève de la classe, car elle savait d’avance ce que les autres enfants, en l’absence de tuteurs, ne faisaient que s’appliquer à découvrir.
Tonton Shaken les amenait désormais à l’école sur le chameau, serrés entre les deux bosses. Mais lorsqu’il disparaissait pour rejoindre ses missions consistant à rattraper et surpasser les Américains, Pépé Daulet les installait tous deux sur l’âne. Il leur donnait à tous deux un épi de maïs sec pour qu’ils éparpillent les grains sur la route. “De cette façon, dit-il, vous ne vous perdrez pas…Et si vous vous perdez quand même, ajouta-t-il avec malice, on lâchera les poulets à vos trousses et ils retrouveront votre trac e.” Mais comment auraient-ils pu se perdre, quand l’itinéraire suivait le chemin de fer tout du long ? Et le matin, sur le chemin de l’école, le soleil brillait sur leur droite tout le temps, et l’après-midi, au retour, il brillait de nouveau sur leur droite.
Aisulu s’accrochait bien aux épaules minces de Yerzhan, et ils galopaient, parfois dans le sens du vent, parfois contre lui, traversant parfois une tornade ou une tempête de sable. et les premiers jours ils perdirent leur temps à semer les grains de maïs, que les alouettes et les passereaux des champs picoraient religieusement. Mais bientôt le soleil se cacha derrière les nuages d’automne qui se déplaçaient à toute vitesse.

(…)

Le train avançait dans la steppe comme l’histoire de Yerzhan – sans s’arrêter, sans hésiter, en avant et de l’avant. C’est curieux, mais dans cette histoire il n’y avait rien de l’amertume qu’évoquent les anciens trains à vapeur, qui, dans les virages, soufflaient leur fumée corrosive jusque dans les derniers wagons. Non, la locomotive diesel glissait sans la moindre peine, sans heurt ni secousse.
Ces années d’enfance étaient semblables à un bonheur bleu et jaune, grandissant entre le ciel et la terre.

info

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s