Mirages

>>> Music: Gustavo Santaolalla, Endless Flight (Babel ost)

Plus je contemple le spectacle du monde, le flux et le reflux changeants des choses, et plus profondément je me pénètre de la fiction congénitale de tout, du prestige et de la pompe mensongers de toute réalité. Et au cours de cette réflexion, que tout homme sensé aura connue un jour ou l’autre – la marche bariolée des coutumes et des modes, le cheminement complexe des progrès et des civilisations, la confusion grandiose des empires et des cultures -, tout cela m’apparaît comme un mythe, comme une fiction, rêvés parmi les ombres et l’oubli. Mais je ne sais si la définition suprême de toutes ces ambitions mortes (même quand elles sont accomplies) doit se trouver dans le renoncement extatique de Bouddha qui, comprenant soudain la vacuité de toute chose, est sorti de son extase en disant “Maintenant, je sais tout”, ou bien dans l’indifférence (fruit d’une trop longue expérience) de l’empereur Septime Sévère: “Omnia fui,nihil expedit”-”J’ai été tout; rien ne vaut la peine.” 

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Fernando Pessoa
(Bernardo Soares)
Le livre de l’intranquilité. 132
Christian Bourgeois éditeur

 

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