Chienne de ville

Sept heures était l’heure où dans toute la ville on promenait les chiens, l’heure où des hordes d’individus d’apparence autonome, encore vêtus de divers accoutrements professionnels, se précipitaient hors de leurs immeubles en copropriété remorqués par des laisses raides comme des cordes de skieurs nautiques, à l’autre bout desquelles, tirant comme des moteurs à poils, se trouvaient des épagneuls, des shih tzus, des bichons à poil frisé. Jenny aurait préféré attendre plus tard, et ainsi éviter le menuet consistant à se renifler mutuellement le derrière que dansait Claggart dès qu’il croisait un autre animal, l’enchevêtrement des laisses et la bonne humeur obligatoire, la façon ostensible dont elle devait l’attendre munie d’un sac en plastique tandis qu’il choisissait avec soin un endroit où se soulager, afin que personne ne la prenne pour l’un d’entre eux, cette armée négligente de maîtres qui abandonnaient sur tous les trottoirs des monticules de crottes desséchée. Mieux, comme le Portoricain du coin et son horrible chihuahua, attendre jusqu’à minuit, laisser aller le chien à sa guise et en rester là – une affirmation de liberté qu’elle saluait secrètement. Mais elle avait besoin d’aller se coucher le plus tôt possible (…)

 

Garth Risk Hallberg
City on fire
PLON Feux croisés. 2016

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