ciel

La voisine a la peau du visage tirée par les nuits blanches, le cheveu filasse et les dents négligées mais son regard impressionne Paula quand elle lui annonce : un ciel, je veux que vous veniez peindre un ciel dans la chambre de mon enfant.
Un ciel dans une chambre. Paula ne sait quoi répondre, mais investit immédiatement cette demande comme s’il s’agissait de réaliser le plafond de la chapelle Sixtine, transportée par ce sujet premier et pourtant si commun – et j’aurais tant aimé être dans sa tête à l’instant où les ciels de sa peinture ont afflué dans son cerveau, tous, simultanément, la razzia, les grandes coupoles dures où séjournent des dieux, le ballet mécanique des planètes, les orbes cosmiques cadencés de fusées et de soucoupes volantes, le ciel humain des vides métaphysiques et des tempêtes noires, les brumes d’estuaires, les aubes zen, les flamboiements en technicolor, le bleu concret où convergent les avions et les drones, quelques oiseaux d’altitude, un ballon gonflé à l’hydrogène, et puis les fumées, les cendres, cette feuille d’automne emportée par le vent.

 

Maylis de Kerangal
Un monde à portée de main
Gallimard / Verticales. 2018

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