Faubourgs

Plus nous nous éloignons du centre et plus l’atmosphère devient politique. C’est le tour des docks, des bassins, des entrepôts,des cantonnements de la pauvreté, les asiles éparpillés de la misère : la banlieue. Les banlieues sont l’état de siège de la ville, le champ de bataille où fait rage sans interruption le grand combat décisif entre la ville et la campagne. Ce combat n’est nulle part aussi impitoyable qu’entre Marseille et le paysage provençal. C’est le combat rapproché des poteaux télégraphiques contre les agaves, du fil de fer barbelé contre les palmiers barbelés, des nappes de brouillard dans des couloirs puants contre l’ombre humide des platanes sur des places brûlantes, des personnes asthmatiques contre les puissantes collines. La longue rue de Lyon est la mine que Marseille creuse dans le paysage pour le faire voler en éclats à Saint Lazare, à Saint Antoine, à Arenc, à Septèmes et le couvrir des éclats de grenade de toutes les langues que parlent les peuples et les firmes commerciales. Alimentation moderne, rue de la Jamaïque, Comptoir de la Limite, Savon Abat-Jour. Minoterie de la Campagne, Bar du Gaz, Bar Facultatif – et par-dessus tout cela la poussière qui s’agglomère ici à partir du sel marin, de la chaux et du mica, et dont l’amertume subsiste plus longtemps dans la bouche de celui qui a essayé la ville que l’éclat du soleil et de la mer dans les yeux de ses adorateurs.

 

Walter Benjamin
Images de pensée. 1925-1935
Marseille
Christian Bourgeois Ed./ Collection Détroits. 1998

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