Majnun et Layla

Un bruit de pas furtif le fit se retourner. Layla parut au seuil du cercle. Elle avait l’âge des pucelles qui croient leurs battements de cœur accordés à la vie qui vient. Son âme était encore simple, son corps désirable, déjà. Elle attendit, naïve, vive, une amphore vernie serrée contre son ventre. Khays la vit. Il perdit le souffle, et son esprit s’évapora. Il ne fit, soudain, qu’un regard. Son propre corps, le camp, le désert, les étoiles et son cheval qui hennissait en s’ébrouant près de l’enclos ne furent plus qu’un monde vague, un inconsistant au-delà, une rumeur de temps lointain. La seule vie terrestre aux contours assurés, le seul visage vrai, l’infinie familière et la tant attendue était là, devant lui. Layla. En un instant il vit tout d’elle, la lumière aiguë de ses yeux, un creusement fugace entre l’arc des sourcils, son souffle suspendu aux lèvres, une infime pression de main contre la paroi de l’amphore qu’elle ne pensait plus à offrir. Elle aussi semblait fascinée. Il vit son regard s’effrayer. L’envie lui vint de s’avancer, de lui dire de ne rien craindre, mais il ne put bouger d’un pas.

Henri Gougaud
L’amour foudre
Contes de la folie d’aimer
Seuil.2003

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