Vasyl Stus

Notre sentier est semé de tardives baies,;
Le sol automnal sous nos pas gémit.
Un soleil de feu
Laisse sur les rameaux sa trace pourpre.
Salut, soir d’octobre, rougissant-verdissant,
Et lointain vespéral qui va s’empourprant !
A qui est ce spleen
Qu’ont traîné, sur leurs traînes ailées,
Les grues attardées…
Toi et moi allumons un brasier,
Ramassons du bois. Et dans ce feu
La nuit dessine à l’encre des silhouettes,
La nuit triste qui est déchiquettée.
Et l’on croit voir par un instant
Que brûle la nuit, nous avec, et brûle le ciel,
Chauffé à blanc, appelle au secours
Car il va prendre feu, et brûler d’un coup,
Que la nuit, comme magma en fusion, a coulé,
Et que toi, sur mon épaule penchée,
Cherches d’autres nuits, étrangères,
Et, comme poisson, en rêve, tu t’arraches,
Etrangère et proche. Le feu s’éteint,
Je suis seul. L’orpheline nuit se fait braise.
Protège -moi, tristesse, protège,
Celui qui ne sait pas se protéger.
Le froid est tombé. En toi un rêve a passé.
La nuit de poix d’un coup nous enveloppe.
-Je désire tant
-Tu ne fais que désirer, répond-elle,
Mais on ne sait jamais quoi.

Vasyl Stus
Palimpsestes 
Poésie et lettres du goulag
Ukraine. Trad: Gorges Nivat
Les Editions Noir sur Blanc. 2026

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