Le monde est clignotant

Le monde est clignotantComme sans fond. Le destin insaisissable.Et toi, le sans-logis, tu auras beau gémir(Gémir, comme abîme, c’est sans fond), Le temps s’en va. Au temps nul ne s’accroche.Les mains pas plus qu’au câble ne s’agrippent.Seigneur, prends-moi ! Mes mais, mes deux,Comme un courant d’air, d’étoile en étoileVont et viennent – pas le moindre…

Vasyl

Donnes-nous, seigneur, aujourd’hui ! De demainPas besoin, mon Dieu ! donne-nous aujourd’hui !Les brasiers ukrainiens achèvent de brûler,Comme achève de brûler mon propre chemin,Mon âme est gondolée par la soif. Quand dieuDu coin de l’oeil nous fait signe et nous hèle –Alors, ô douleur, tu peux danser sans atours Mars 1968 Vasyl StusPalimpsestes Poésie et lettres…

singe

Ainsi je vis, singe, au milieu des singes,Mon front pécheur scellé par le chagrin,Sans fin heurtant la dure muraille ;Esclave, leur esclaves, leur infime esclaveAutour de moi les singes passent en fileDémarche grave, sans se hâter.Enrager est plus facile qu’être soi.Point de ciseau , point de marteau !Ô seigneur de justice ! lourd est le…

Vasyl Stus

Notre sentier est semé de tardives baies,;Le sol automnal sous nos pas gémit.Un soleil de feuLaisse sur les rameaux sa trace pourpre.Salut, soir d’octobre, rougissant-verdissant,Et lointain vespéral qui va s’empourprant !A qui est ce spleenQu’ont traîné, sur leurs traînes ailées,Les grues attardées…Toi et moi allumons un brasier,Ramassons du bois. Et dans ce feuLa nuit dessine…

Poèmes de la brèche

C’est l’automne les rues saignentj’aime l’odeur âcredes feuilles mortes que la pluie a mouilléesdes châtaignes et de la terre Je dois prendre mon quartIl doit prendre son quartelle doit prendre son quartet toi aussi Des gens marchent dans les rueset tient, nettoyant la villecomme on fait des vieilles chaussuresaprès une randonnée dans les montagnes en…

bouts de guerre

le monde se taità cette minutesilence d’armes lourdes * la sirènenous a attrapés en pleine rue, mon filsaussitôt devenu adulte, devenusi petit… * mon fils a comme cessé d’être un enfant.maintenant il veut tuerles soldats russes –pour rire et pas pour rirepour de faux et pour de vrai * et nous sommes devenusnous-mêmes des frontières…

Jour 102

bonjour, bienvenue à la maison.pardon, on n’a pas fait le ménage.hier un missile est tombé dans la cuisineaprès avoir détruit plusieurs étages.pour cuisiner c’est très inconfortable,ici, il y avait un poêle, là une table,pas grande, couverte d’une nappe brodée,ne vous déchaussez pas, il y a partout des éclats,allez dans le couloir qui se trouve entre…