Je gagnai les bois parce que je voulais vivre suivant mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu’elle avait à enseigner, no pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’avais pas vécu. Je ne coulais pas vivre ce qui n’était pas la vie, la vie est si chère ; puis je ne voulais pratiquer la résignation, s’il n’était tout à fait nécessaire.
Ce qu’il ma fallait, c’était vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en Spartiate, pour mettre en déroute tout ce qui n’était pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, la réduire à sa plus simple expression, et, si elle se découvrait mesquine, eh bien, alors! en tirer l’entière, authentique mesquinerie, puis divulguer sa mesquinerie au monde ; ou si elle était sublime, le savoir par expérience, et pouvoir en rendre un compte fidèle dans ma suivante excursion.
Henri David Thoreau
Walden ou la vie dans les bois
Gallimard-Imaginaire.1922









